A l’enfant que je n’aurai pas

Auteur : Linda Lê

Genre : Essai

Maison d’édition : Editions les Affranchis

Nombre de pages : 66

Obtenu le 19 Octobre 2012

Lu le 22 Janvier 2013

Dans le cadre de : Lire un essai de temps en temps ne fait de mal à personne

 

En un mot :

  • Un récit qui mets des mots sur des maux
  • La souffrance de beaucoup de femmes
  • Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir

linda_leRésumé : L’essai d’Elisabeth Badinter intitulé Le Conflit soulignait, l’an passé, la dureté de l’injonction faite aux femmes par l’obligation non seulement d’être mères, mais de l’être absolument, dans un fantasme de perfection typique d’une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l’enfant qu’elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s’affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d’éclairer les premiers jalons qui, dans l’enfance, préparent l’expression de sa liberté d’adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l’autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l’homme qu’elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l’erreur : erreur d’analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d’un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d’une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d’idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d’un enfant qu’elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d’un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l’éduquer. « On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette », écrivait Karen Blixen. Et là où l’expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d’autres qu’elle-même. Bien au contraire, c’est toute la douceur de son amour qu’elle offre à cet enfant qui n’existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l’imaginaire lumineux de sa conceptrice.

 

Une lettre bouleversante

 

J’avoue que je ne connaissais pas du tout le principe : un auteur qui écrit une lettre pour une personne, en particulier et qui le publie. Je me suis dit que ce format court pouvait très bien me convenir après deux gros pavés. Et en effet, ce fut le cas ! Ce fut même l’effet amplificateur du tout ! Je me suis retrouvée bouleversée, révoltée, réfléchie, pensive, peut être même un peu défaitiste en fin de compte. Pour vous expliquer, Linda Lê va écrire une lettre à un enfant qu’elle n’aura pas. En effet, elle ne veut pas faire d’enfant mais sa famille et son compagnon le lui reproche. Et elle nous explique pourquoi.

 

Tout d’abord, sa famille lui a reproché d’être née fille. Puis d’être intelligente. Son compagnon lui a reproché d’être une femme et de se consacrer qu’à sa carrière. Et la société, en fin de compte, montre son incompréhension face à ce refus. Linda Lê nous montre ce qu’elle prend en pleine figure tous les jours : les réflexions, les on dits, les regards. Et elle nous explique son choix, sa culpabilité, ses envies. Et je dois dire que ce témoignage et cette réflexion m’ont fait énormément réfléchir

 

 

 

A lire pour tous ceux qui croient encore que les femmes sont l’égale des hommes

 

Oui, je sais, je suis dure. Mais en y réfléchissant bien, c’est vrai. On nous enfonce une sorte d’échelles de valeurs à respecter. On doit être jolies, intelligentes, trouver du travail, trouver un mari, enfanter, élever, tenir la maison. La liberté de la femme, enfin de compte, c’est l’addition des corvées de la femme et celle de l’homme. Car la pression sociale n’est pas du tout la même sur l’homme que sur la femme, et avec ce témoignage-ci (ajouté au mien enfin de compte, puisque j’en suis une … De femme je veux dire), je me rends encore plus compte qu’être une femme, à notre époque, c’est pesant. Oui j’aimerai bien être un homme de temps en temps, être moins responsable. Avoir le choix.

 

Pour moi, le choix des enfants ne s’est pas fait (je ne vous raconterai pas ma vie, mais en gros, j’en ai quoi). Mais j’ai surpris les mêmes réflexions de Linda Lê quand je suis redevenue célibataire : « Tu n’es pas perdue, tu vas pouvoir trouver quelqu’un. Au pire, tu as déjà montré que tu n’étais pas stérile ». Bon, c’est schématisé mais c’est là. Et ici, le crime de Linda Lê, ce n’est pas qu’elle ne peut pas avoir d’enfants. On pourrait l’excuser encore un peu à ce moment-là. C’est qu’elle ne veut pas en avoir.  Pour les gens, c’est inconcevable ! Pourquoi une femme, cet utérus vivant tout plein d’œufs pour propager le patrimoine génétique mondial ne veut pas utiliser son outil. Elle pourrait faire un effort tout de même ! Mais non. Elle est égoïste (véridique, c’est écrit dedans) car elle privilégie son intellect, sa carrière, sa liberté. Et pour cela, on serait prêt à la lyncher sur place !

 

 

Une lettre libératoire.

 

Le pouvoir de l’écriture est ce qu’il est (surtout qu’on ne serait pas là à papoter livre s’il n’existait pas, n’est-ce pas ?) Cette lettre pourrait être une sorte d’antidote à la prison dont on essaie d’imposer Linda Lê. On sent qu’écrire ces sentiments, de poser cette situation sur papier, la libère. Et nous aussi quelque part. Pourquoi devons-nous être dans un rôle qui ne nous convient pas. Pourquoi, nous les femmes, avec tout ce que l’on peut avoir de moyens de contraception, ne pouvons-nous pas dire non à la procréation. Cela doit être un droit et non un devoir. On peut avoir le choix d’en avoir ou pas, sans avoir cette espèce d’œil accusateur au-dessus de nous.

 

Pour conclure à cette chronique, je voulais simplement dire Merci à Linda Lê, de coucher tous ses sentiments qui sont aussi à nous. Merci d’avoir apporté ce petit caillou à l’édifice qui permettra peut-être un jour  de ne plus avoir un rôle prédéfini de pondeuse à retardement, que toutes les femmes aient le choix. Merci

 

 

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