Niourk de Stefan Wul

Présentation de l’éditeur : La Terre n’est plus qu’un vaste désert. Des monstres engendrés par d’antiques technologies radioactives hantent ce qu’il reste des océans – quelques lacs d’eau saumâtre, rien de plus. Dans ce monde âpre, un enfant noir, rejeté par tous les membres de sa tribu, se met en route vers Niourk, la ville mythique, peuplée de fantômes. Au bout de cette quête se trouve peut-être le moyen de redonner vie à notre Terre assassinée.

Entre jeunesse et classique, mon coeur chavire.

Si Niourk se lit d’une traite et facilement, on ne peut parler de lui facilement. En effet, ce petit livre est classé dans le rayon jeunesse. Et je comprends tout à fait ce choix. Nous parlons d’un univers post apocalyptique. Des tributs sillonnent le monde à la recherche de gibier. Dans une des tributs se trouve un petit garçon noir qui ne trouve pas sa place. Nous suivrons ses aventures dans cet univers, tout en suivant l’histoire de sa tribut. En sommes, un livre d’aventures que l’on peut donner en toute confiance à nos petits garnements pour une première découverte de science-fiction.

Mais… Mais voilà. Il y a des thèmes abordés qui sont graves, qui sont importants. On traite de l’écologie, de mutations génétiques, de religion, de racisme, de survie… Avec le recul de l’âge adulte, je me rends compte que Niourk n’est pas un seul bête livre de science-fiction, ni même d’aventure. C’est un véritable livre de réflexions. Et je me pose la question en ce sens : est-ce le moment (11 ans selon l’éditeur) de donner cela à un enfant ? Le thème est il traité de manière à ce qu’un enfant puisse voir toutes les possibilités de l’œuvre?

A moins que, bien entendu, nous parlons de ce que j’appelle un livre évolutif. Mais qu’est ce que cela? Un livre évolutif est un livre auquel j’attache énormément d’importance dans la vie car on peut le lire seul tout d’abord, en discuter avec un adulte et enfin le lire seul adulte. Et ces trois lectures s’avèreront différentes. Un livre évolutif accompagnera une personne toute sa vie et pourra répondre à toutes sortes de questions qui arrivent au fur et à mesure d’une vie. Pour moi, Niourk est un de ces livres précieux, à donner à un enfant curieux et réfléchi, ou à un enfant qui se cherche. Il permettra de répondre à certaines questions mais aussi d’en susciter d’autres et de permettre un dialogue permanent avec les parents.

Une vision bien noire de l’avenir.

Niourk, c’est tout d’abord l’histoire d’un petit garçon qui ne veut pas être seul. Il tente de s’attacher à une tribut qui le rejette car il est noir. Et rien que cette différence peut en faire le souffre douleur. Niourk a un chasseur à qui il aimerait ressembler. Aussi, il part dans une quête (rechercher le Vieux dans la montagne des dieux) pour se faire admirer par son héros. Ce livre sera donc dans un premier temps une quête initiatique vers l’âge adulte.

Tout au cours de ce roman, on se pose la question de la religion tout d’abord. En effet, les dieux adorés par la tribut sont en fait des panneaux publicitaires d’un temps ancien. Aussi, on peut se poser la question de ce que valent nos religions enfin de compte. Sur quoi sont-elles basées? Le plus important est le fondement même de la croyance -la foi- ou tout simplement l’importance de la réalité des faits? Vous voyez que ce livre n’est pas si simple que cela? Mais Niourk ne s’arrête pas là.

En effet, il continuera sa quête initiatique, en poursuivant des épreuves pour atteindre de nouveau sa tribut. Il rencontrera une aide précieuse (un ours) pour parvenir à ses fins. Malheureusement, on se rend compte que la faune de la planète a changé à cause de la radioactivité. Aussi peut on se poser la question de l’écologie et de l’importance de ce que l’on fait pour les générations futures. Je ne vous en dis pas plus dans le déroulement de ce roman, mais vous aurez bien des questions plus importantes qui seront traitées.

En bref, j’ai adoré lire ce petit livre, qui m’a fait cogiter tout le week end. Et je pense sincèrement le transmettre plus tard. C’est donc une grande réussite. Un seul bémol ? La narration à la troisième personne peut être qui m’a rendue totalement extérieure au récit. Mais je pense que c’est un choix de l’auteur pour nous permettre de gagner en recul.

Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict et Castelmore et je les remercie de leur confiance.

Watsburg de Cédric Ferrand

Présentation de l’éditeur : Wastburg, une cité acculée entre deux royaumes, comme un bout de bidoche solidement coincé entre deux chicots douteux. Une gloire fanée qui attend un retour de printemps qui ne viendra jamais. Dans ses rues crapoteuses, les membres de la Garde battent le pavé. Simple gardoche en train de coincer la bulle, prévôt faisant la tournée des grands ducs à l’œil ou bien échevin embourbé dans les politicailleries, la loi leur colle aux doigts comme une confiture tenace. La Garde finit toujours par mettre le groin dans tous les coups foireux de la cité. Et justement, quelqu’un à Wastburg est en train de tricoter un joli tracassin taillé sur mesure. Et toute la ville attend en se demandant au nez de qui ça va péter.

La fin d’une époque  ?

Vous savez ce que c’est comme impression ? Une cité décadente où on ne sait même plus qui la dirige et comment. Où c’est la ville qui prend le dessus comme un énorme rouage alors que les personnes qui y vivent, elles, ne le sont plus. J’avoue que depuis hier soir, je me demande comment je peux expliquer le style d’écriture de l’auteur. Le matin et la caféine aidant, j’ai trouvé. Ce livre, c’est l’histoire de la fin d’une ère de la ville de Watsburg (et c’est très long à dire). J’avoue que de découvrir ce qu’une ville a été et ce qu’elle devient, dans tout ce qu’il y a de décadence, de canailleries et de mesquineries, cela a un petit côté de voyeurisme pas si déplaisant que cela.

En effet, au début, deux Royaumes se disputent une frontière qui se délimite au final avec un Fleuve. Le seul hic, c’est que ce fleuve se termine en Delta. Aussi, une ville hors frontière se construit. Comme vous pouvez le deviner, c’est une ville de nécessité, une ville avec des gens de passage, une ville en zone franche. Elle est à part, et surtout elle devient de plus en plus décadente. Et qui plus est, la magie a disparu de ces enceintes. L’atmosphère est chaude, houleuse, malsaine. Et nous, nous arrivons à ce moment là. A ce moment où tout va exploser.

 

Cédric Ferrand a réussi un exercice de style très périlleux.

En effet, l’auteur a pris le parti de nous mettre dans une bulle, afin de nous protéger des effets de cette cité et de nous faire balader de quartiers en quartiers, de personnes en personnes. Et pour couronner le tout, afin que nous ne nous sentions pas trop exclu, il a employé la manière de parler du peuple. Aussi, vous avez cette impression très drôle d’avoir une voix off qui vous fait le guide touristique, qui vous approche d’un lieu ou vous éloigne.

Ce livre est extrêmement sensoriel. L’auteur fait bien attention de vous décrire beaucoup de sensations, sensations des personnes mais aussi atmosphère citadine, rumeurs de rue. Et c’est particulièrement bien fait car le mouvement, le rythme du récit reste très soutenu. Le fait de passer d’un personnage à un autre, sans vraiment s’attacher, nous donne l’impression au début de lire des nouvelles sur le thème d’une ville, sauf qu’au fur et à mesure, l’intrigue se resserre, le but de l’auteur se dévoile et vous vous rendez compte que tout est lié.

Watsburg, une métaphore de notre société actuelle ?

C’est possible. Je n’arrête pas d’y penser depuis hier soir. Quand on regarde bien notre histoire, enfin de compte. Avant, nous avions des héros forts, parfois même un peu magiques. Quand on regarde bien les légendes arthuriennes, par exemple, tout le monde peut penser, que c’est plausible, possible, que cela s’est vraiment passé. Et pourtant c’est un monde de magie. Au fur et à mesure du temps, nous ne citons plus les héros mais les dates, les lieux, les régimes. Avec l’industrialisation, on s’intéresse de moins en moins aux personnes et beaucoup plus au système.

Avec Watsburg, le cheminement est similaire. Avant, nous avions des espèces de mages qui dirigeaient la ville. Mais la magie a disparu. Et le bourgmestre est arrivé. Il y a des évènements étranges qui se produisent mais nous ne les voyons que par des citadins. Comme une rumeur qui se lance. Et vous aurez cette impression d’être un joueur d’échec qui observe la partie d’un autre. Se rapprochant d’un coup, s’en éloignant. Jusqu’au résultat final, et ce sans pouvoir intervenir. Est-ce cela une ville qui se dé personnifie ? Est-ce cela le futur ? Des villes qui se transforment petit à petit en machines, en rouages abritant des humains.

En bref, j’ai été bluffée par cette écriture. Je ne pensais pas que j’allais autant m’amuser sur l’histoire d’une ville, surtout si nous la commençons sur une fin de période. Un vrai coup de cœur pour le style de l’auteur. Une vraie surprise de tous les côtés.  Un énorme merci à Livraddict d’avoir organisé ce partenariat, à Folio SF, collection que je vénère depuis des années, de m’avoir fait confiance et surtout, à l’auteur d’avoir écrit cette histoire.

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